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Maltraitance médicale : impacts psychologiques et solutions

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Quand elle est entrée dans mon cabinet, j’ai tout de suite vu que quelque chose n’allait pas.

Pas seulement dans sa bouche.
Dans sa posture. Dans son regard. Dans la manière dont elle s’excusait presque d’être là.

Dans cet article je vais parler de la maltraitance médicale avec le témoignage d’une patiente et les clés pour apaiser le choc, restaurer la sécurité intérieure et reprendre confiance.

Elle avait consulté un autre praticien quelques semaines plus tôt, dans l’espoir de poser un implant. Elle en était ressortie convaincue d’une chose :
« Je n’ai plus de solution. »

En l’écoutant, j’ai senti monter en moi un mélange de colère et de tristesse.
Pas à cause d’un diagnostic difficile — ça, la médecine en fait parfois.
Mais à cause de la manière dont elle avait été regardée, parlée, jugée.

Elle m’a raconté l’accueil froid. Les silences. Les phrases lâchées sans explication.
Elle a surtout ressenti que son apparence avait parlé avant elle.
Et que ce regard avait suffi à clore l’examen.

Résultat : un examen bâclé, aucune vraie recherche des causes, et une patiente repartie choquée, désespérée, avec une confiance en elle profondément abîmée.Cela s’appelle une consultation traumatisante.

Et pourtant…
En l’examinant calmement, en posant les bonnes questions, c’était évident :
son état pouvait être amélioré.

Mais avant de soigner sa bouche, il fallait soigner quelque chose d’autre.

J’ai pris le temps d’apaiser son insécurité émotionnelle avec des outils simples inspirés de la régulation du système nerveux (et notamment de la théorie poly-vagale). Ensuite seulement, on a pu revenir à l’état de sa bouche et à des solutions concrètes.

Voici 3 étapes pour comprendre ce qui se passe quand une situation médicale devient traumatisante — et pour aider le corps à redescendre et retrouver une sécurité émotionnelle.

Quel est l’élément déclencheur ?

  • Qu’est-ce qui a été dit ?
  • Quel regard ? Quel ton ? Quel geste ?
  • À quel moment mon corps s’est-il tendu ?

Puis :
Qu’est-ce que je ressens dans mon corps, et où exactement ?
Gorge serrée, boule au ventre, poitrine compressée, jambes molles, respiration courte…

Le simple fait de nommer les sensations aide déjà le système nerveux.
Cela lui rappelle une chose essentielle : le danger n’est pas forcément dehors, il est aussi une activation à l’intérieur — et donc on peut agir.

🔹 Une accélération interne , en sympathique :

  • cœur qui s’emballe
  • respiration courte
  • agitation, tension, colère, besoin de fuir ou de se défendre

🔹 État “dorsal” (mode shutdown)

Un effondrement interne :

  • blocage, impuissance
  • déconnexion, sensation de vide
  • anesthésie émotionnelle, fatigue soudaine

Parfois, on passe de l’un à l’autre : c’est la théorie poly-vagale.  » Inspiré des travaux de Stephen Porges et Deb Dana « 

image issue de https://hypnose-bouscat.fr/la-theorie-polyvagale-et-lhypnose/

Si je suis en “sympathique”

On passe par le corps et on accueille l’énergie.

Outil simple : pousser un mur
Bras tendus, paumes contre le mur, on pousse progressivement (comme si on voulait déplacer le mur) pendant 20–40 secondes.
L’objectif : permettre à l’agitation intérieure de “sortir” par l’action musculaire.

Ensuite : pause.
On revient aux sensations : est-ce que l’emballement a diminué ?
On recommence jusqu’à sentir un retour vers la sécurité : respiration plus fluide, relâchement, ralentissement interne.

Si je suis en “dorsal”

On cherche à se reconnecter en douceur (sans forcer).

Je propose une mini-routine en 4 gestes (type “ECAP” une routine de régulation psycho-corporelle inspirée de différentes approches neuroscientifiques et somatiques) :

  1. Boire un verre d’eau en conscience
    Sentir la température, le passage dans la gorge : je reviens au corps.
  1. Stimuler les “points de connexion”
    Masser doucement sous les clavicules (zone haute du thorax).
    Ça aide à revenir au présent.
  1. Remettre du mouvement
    Faire des mouvements croisés : coude/genou opposés (devant ou derrière), lentement.
    Juste assez pour relancer l’énergie.
  1. Revenir à l’ancrage
    Croiser bras et jambes, respirer, sentir le support du sol, et observer : je reviens ici, maintenant.

Quand la situation est un peu apaisée, on peut ouvrir un espace de réflexion :

  • Est-ce que cette scène réveille quelque chose de déjà vécu ?
  • Est-ce qu’il y a “un morceau de mon passé” dans ma réaction ?
  • Si je regarde uniquement les faits, comment j’ai envie de répondre ?
  • Comment puis-je me soutenir pour y arriver ?

Parce que la compétence s’apprend.
On avance étape par étape, en commençant là où c’est le plus facile, pour que le système nerveux intègre : je peux traverser ça et rester debout.

Cette histoire m’a rappelé quelque chose d’essentiel dans la relation soignant-soigné:
un soin commence bien avant les gestes techniques.

Un regard peut soigner.
Un autre peut blesser durablement.

Si toi aussi tu es déjà sorti(e) d’une consultation vidé(e), honteux(se) ou figé(e), sache ceci :
tu n’es pas faible.
Ton corps a essayé de te protéger.

Et la bonne nouvelle, c’est qu’il peut apprendre à se sentir à nouveau en sécurité.

Parce que la santé, parfois, commence là où on ne l’attend pas.

Je suis différente https://www.sourire-sante-le-lien-inattendu.fr/let-them-theorie-une-meilleure-communication-patient-dentiste/ et https://www.sourire-sante-le-lien-inattendu.fr/sourires-retrouves-rires-partages-et-liens-inattendus-relation-patient-dentiste-pas-comme-les-autres/ et https://www.sourire-sante-le-lien-inattendu.fr/qui-suis-je/

Et maintenant ?

Si cette histoire résonne en toi, pose-toi un instant.

As-tu déjà vécu une consultation où tu t’es senti(e) jugé(e), pressé(e), ou invisibilisé(e) ?
As-tu déjà quitté un cabinet avec plus de peur que de clarté ?

Sache une chose : ce n’est pas normal, et ce n’est pas anodin.

Ton corps a le droit d’être respecté.
Ton histoire mérite d’être écoutée.
Et ta santé ne se résume pas à un acte technique.

👉 Je t’invite à t’arrêter quelques minutes aujourd’hui
Respire. Observe ton corps. Demande-lui simplement : « De quoi as-tu besoin pour te sentir en sécurité ? »

👉 Si tu es patient(e)
N’hésite pas à poser des questions, à demander qu’on t’explique, à changer de praticien si tu ne te sens pas respecté(e). Ton ressenti est une information précieuse.

👉 Si tu es soignant(e)
Rappelle-toi que chaque personne qui s’assoit en face de toi arrive avec une histoire, parfois invisible. Un regard, un silence, une phrase peuvent laisser une trace… ou ouvrir un chemin de guérison.

✨ Parce que la santé, ce n’est pas seulement réparer.
C’est aussi accueillir, sécuriser, et redonner confiance.

Si cet article t’a parlé, partage-le.
Il pourrait être le premier pas vers une consultation vécue autrement.

Références et inspirations : cet article s’appuie sur les travaux de Stephen Porges et Deb Dana (théorie poly-vagale), ainsi que sur des approches de régulation corporelle issues de la somatic experiencing (Peter Levine), de la psychotraumatologie et de pratiques de mouvements croisés (Brain Gym).

Stephen W. Porges

The Pocket Guide to the Polyvagal Theory (2017) et The Polyvagal Theory (2011) https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3108032/

Deb Dana (élève directe de Porges) https://www.amazon.fr/Polyvagal-Theory-Therapy-Engaging-Regulation/dp/0393712370

Routine ECAP : https://www.amazon.fr/Brain-Gym-Mouvement-cl%C3%A9-lapprentissage/dp/2840582821 et https://quantum-way.com/la-somatic-experiencing-peter-levine-une-voie-vers-la-guerison-des-traumas/ et https://www.fnac.com/a8710855/Bessel-A-van-der-Kolk-MD-BODY-KEEPS-THE-SCORE

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