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Dans un monde violent, la beauté est-elle notre dernière résistance ?

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Dans chaque article de Sourire Santé, on te révèle un lien surprenant entre ta bouche et ta santé globale. Aujourd’hui , je voudrais vous parler d'un de ces liens qui me tient à cœur, parce qu'il illustre parfaitement pourquoi la bouche n'est jamais un détail.Le lien entre la beauté retrouvée d’un sourire et une forme d’apaisement .

Je te laisse découvrir Françoise un peu plus tard…..


Et si contempler la beauté en toute chose était l’un des actes les plus courageux — et les plus thérapeutiques — de notre époque ?

Sourire Santé  ·  Réflexion  ·  Lecture : 6 min

Quand j’ouvre les yeux le matin ,je ne saisis pas mon téléphone et je veux éviter à tout prix le flot des informations et des mauvaises nouvelles. Non je suis à la recherche d’un peu de beauté dans ce monde comme un rai de soleil derrière les volets sur le mur, la vapeur de mon thé qui monte, ou le silence particulier de l’aube. Un instant de beauté brute, gratuite, qui n’attend rien de moi.

Ce moment fragile, beaucoup d’entre nous l’enjambent sans le voir. Pourtant, il pourrait bien être l’une des ressources les plus puissantes dont nous disposons pour traverser une époque qui, à bien des égards, semble avoir perdu le fil.


Comme le dit Olivier Roland , je peux agir sur mon cercle d’influence directe ( des choses sur lesquelles je peux agir ) et non sur celui de préoccupation ( choses qui me préoccupent mais sur lesquelles je n’ai aucune possibilité d’agir ). Ce concept vient de S. Covey ( « Les 7 habitudes de ceux qui réalisent tout ce qu’ils entreprennent » ) et celui-ci explique qu’être pro-actif permet d’améliorer notre situation. Le monde change, et nous avec.

Nous vivons une époque de saturation sensorielle et émotionnelle. Les crises s’enchaînent, les violences — réelles ou médiatisées — s’accumulent, et un sentiment d’impuissance sourde s’installe dans beaucoup de cœurs. Les professionnels de santé mentale observent une hausse significative des états anxieux, des dépressions réactionnelles, de ce que l’on appelle parfois l’éco-anxiété ou plus largement la détresse existentielle.

Face à cela, nous cherchons des armures. Certains se déconnectent, d’autres s’engagent, d’autres encore s’anesthésient. Mais il existe une voie moins évidente, profondément humaine, que philosophes, soignants et mystiques ont explorée depuis des siècles : le regard vers la beauté.

« La beauté sauvera le monde. »— Fiodor Dostoïevski, L’Idiot

Cette phrase, si souvent citée, si souvent moquée aussi, mérite qu’on s’y arrête. Elle ne dit pas que la beauté résoudra les conflits ou guérira les injustices. Elle dit quelque chose de plus intime : que la capacité à percevoir la beauté nous maintient humains, ancrés, vivants — même lorsque tout semble s’effondrer autour de nous.

Ce que la beauté fait à notre cerveau… et à notre âme

La science commence à documenter ce que l’intuition ressentait. L’expérience esthétique — qu’il s’agisse de contempler un coucher de soleil, d’entendre une phrase musicale parfaite, ou de voir un geste de générosité inattendu — active les circuits de récompense du cerveau, libère de l’ocytocine, réduit le cortisol. Elle produit ce que les neurologues appellent parfois l’effet de l’élévation morale : un sentiment d’ouverture, d’appartenance à quelque chose de plus grand que soi.

Mais au-delà de la neurologie, il y a quelque chose de plus difficile à mesurer : la beauté nous sort de nous-mêmes. Elle brise, le temps d’un instant, la prison de la rumination et nous rappelle qu’il existe d’autres réalités que la violence et la peur. Elle réintroduit de la douceur dans le tissu du temps.
https://www.sourire-sante-le-lien-inattendu.fr/l-importance-du-sourire-pour-le-bien-etre/

« Aux hommes insensibles à la beauté, il manque quelque chose d’essentiel. »— Simone de Beauvoir

Voir la beauté partout : un entraînement, pas un don

Attention : chercher la beauté en toute chose ne signifie pas nier la laideur, se voiler les yeux devant la souffrance ou pratiquer une forme de naïveté rose. Ce n’est pas de l’optimisme béat. C’est autre chose : une attention entraînée, un regard qui s’élargit pour contenir à la fois l’ombre et la lumière.

Les pratiques contemplatives — la pleine conscience, le wabi-sabi japonais (l’art de trouver la beauté dans l’imparfait et l’éphémère), la philosophie stoïcienne — convergent toutes vers cette idée : percevoir la beauté est une compétence. Elle se cultive. Elle s’affûte. Et plus on la pratique, plus elle devient une ressource résiliente face à l’adversité.

Petites pratiques pour réapprendre à voir

  • Le regard de 30 secondes : chaque matin, avant le téléphone, nommez mentalement une seule chose belle que vous voyez ou ressentez.
  • La gratitude sensorielle : le soir, notez non pas ce qui s’est bien passé, mais ce qui vous a touché, ému, émerveillé — même fugitivement.On peut tenir un journal de gratitude pendant quelques semaines, le temps que l’habitude soit prise
  • La marche contemplative : marcher sans écouteurs, sans attentes et avec les sens en éveil.
  • L’art comme refuge : tenir un carnet où vous collez, dessinez ou notez des fragments de beauté rencontrés dans la semaine.
  • Le regard sur l’autre ou le monde autour : s’exercer à voir la beauté dans un visage, un geste, la dignité silencieuse d’un inconnu,un paysage, un immeuble, une fleur ou une musique.

Et parfois, cette beauté surgit là où on ne l’attend pas : dans un cabinet dentaire, au moment où un patient retrouve son sourire.

Elle s’appelle Françoise. Soixante neuf ans , une vie à travailler dur et à s’occuper de ses 4 enfants avec un mari aimant mais pas toujours présent et une peur panique du fauteuil dentaire qu’elle traînait depuis l’enfance.

La première fois qu’elle est entrée dans mon cabinet, elle a regardé partout comme un animal pris au piège . Elle s’est assise, raide et m’a dit avec un sourire en biais : « Docteur, je préfère encore regarder le journal télévisé. Et pourtant, il est sinistre. »

J’ai ri. Elle a ri. La tension est tombée d’un cran.

Ce jour-là, pendant que je travaillais, Françoise m’a raconté sa vie laborieuse où ses besoins personnels passaient après ceux de sa famille, c’est à dire pas souvent . Elle coud des patchworks dans un club de couture local et elle m’a raconté les échanges passionnés entre couturières, les choix des motifs et tissus, le travail des points et la surprise de la couverture faite de ses mains et offerts à ses enfants et petits enfants.

À la fin des soins, je lui ai fait un nouveau sourire qui ressemble à celui de ses 20 ans selon les photos que je lui avais demandées.Et là elle a fondu en larmes en se regardant. Puis d’une voix douce elle m’a dit :  » je me retrouve enfin , pas plus jeune non mais mon sourire que j’avais perdu .
Elle est repartie sereine.

Je crois que c’est l’une des plus belles choses qu’on puisse dire dans un cabinet dentaire.

Ce que Françoise m’avait offert sans le savoir, c’est une leçon que je n’ai jamais oubliée : la beauté a le pouvoir de déplacer la peur. Elle ouvre une fenêtre là où il n’y avait qu’un mur. Elle relie deux personnes — une dame et son dentiste — autour de quelque chose d’invisible et de tout à fait réel : l’émerveillement partagé.

Ce lien-là, inattendu, silencieux, est peut-être le plus solide qui soit.

La beauté comme acte politique et sanitaire

Il y a quelque chose de presque subversif dans le fait de s’arrêter devant une fleur qui pousse dans une fissure de trottoir pendant que le monde s’emballe. Pas de l’indifférence — mais une forme de résistance douce. Un refus de laisser la brutalité avoir le dernier mot dans notre regard intérieur.https://www.sourire-sante-le-lien-inattendu.fr/le-sourire-une-sculpture-de-l-identite/

Les soignants le savent : les patients qui gardent une capacité d’émerveillement — même minime, même blessée — s’en sortent souvent mieux. Pas parce que la beauté guérit les maladies, mais parce qu’elle maintient ouvert un canal vers la vie, vers l’envie de continuer, vers ce que Viktor Frankl appelait le sens.

Et il y a plus encore : quand on voit la beauté en toute chose, on commence à la voir aussi dans les gens. Dans leur fragilité. Dans leur effort. Dans leur visage marqué par les années. Ce regard-là devient un acte de lien, de compassion, de réconciliation avec l’humain — à l’heure où tant de forces nous poussent à la méfiance et au repli.

« Celui qui peut voir la beauté partout possède la clef de la guérison. »— Marcel Proust

Alors oui — dans un monde qui devient violent et parfois incompréhensible, regarder la beauté en toute chose est une forme de résistance. Ce n’est pas fuir. C’est choisir sur quoi poser son regard. C’est refuser que la laideur soit la seule réalité.

C’est aussi, peut-être, le début d’une guérison collective. Car les sociétés qui cultivent l’émerveillement, la contemplation, la douceur du beau — même au milieu du chaos — trouvent des ressources que la seule rationalité ne peut offrir.https://www.sourire-sante-le-lien-inattendu.fr/inflammation-sante-dentaire-et-bien-etre-mental/

La beauté ne sauvera peut-être pas le monde. Mais elle peut vous sauver, vous, aujourd’hui, le temps d’un regard posé sur ce rai de lumière au mur.

Parce que la santé ne commence pas toujours là où on croit — parfois, elle commence dans un regard posé sur ce qui est beau.

Simone Weil écrivait :
« La beauté du monde est la bouche d’ombre par laquelle la grâce entre dans l’âme. »

Peut-être est-ce cela, finalement :
dans un monde parfois brutal, continuer à voir la beauté n’est pas naïf.
C’est une façon de laisser la grâce trouver encore un passage.

Sourire Santé — Un lien inattendu
Là où l’invisible soigne le visible.

4 commentaires

  • MURIEL ERBETTI

    Merci pour cet article, il résonne profondément ✨

    Cette idée que la beauté puisse “ouvrir une fenêtre là où il n’y avait qu’un mur” est très forte

    En médecine chinoise, on dirait que c’est un mouvement du cœur : quelque chose qui remet du lien, de la circulation, de la joie, là où tout était figé par la peur ou la tension.

    Peut-être que la beauté n’est pas seulement une forme de résistance intérieure…
    Mais une manière de rester vivante, même au cœur du chaos.

  • Aurélie

    Un immense merci pour cet article tellement touchant, inspirant, BEAU!
    Cela résonne profondément en moi, particulièrement en ce moment!
    Rechercher et reconnaître aussi la beauté en soi, tout comme l’amour… difficile de voir la beauté ou de sentir l’amour à l’extérieur quand elle n’est pas nourrie à l’intérieur; alors merci d’œuvrer et d’aider chacun, chacune à recontacter la beauté en soi pour mieux la voir autour de soi!

  • steevekoenig

    La beauté est partout, il faut vouloir la voir 😉
    J’ai beaucoup aimé les pratiques que tu proposes dans l’article.
    Pour ma part j’aime utiliser celle ci :
    Regarde un objet (ça marche aussi avec un personne ou toutes choses) comme si tu avais oublié comment cela s’appelle.
    Ne cherche pas mentalement à retrouver son nom mais observe le juste comme cela sans lui donner le moindre nom.
    Pour ma part cela me permet d’observer bien plus intensément et plus profondément.
    Pour rester dans le thème de l’article on peut alors se poser une question de ce qui rend beau cette objet, personne ou ce que l’on aura décider d’observer sans le nommer.

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